Biodiversité

Efficience alimentaire de la poule pondeuse : coup de pouce du microbiote intestinal ?

Le microbiote intestinal influence de manière très variée les caractéristiques de son hôte. Un des rôles importants qu’on lui attribue est sa capacité à dégrader des aliments non digestibles par l’hôte lui-même, facilitant ainsi leur utilisation. Ainsi se pose la question de l’influence du microbiote sur l’efficience alimentaire (1) des animaux d’élevage. Des chercheurs INRAE ont publié une étude dans la revue Scientific Reports qui montre l’existence d’une relation entre la composition et la fonction de ce microbiote et l’efficience alimentaire des poules pondeuses.

Publié le 05 juin 2024

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© INRAE

Améliorer l’efficience alimentaire des animaux d’élevage est un enjeu majeur, pour des raisons à la fois économiques et écologiques. En valorisant mieux les aliments, les animaux efficients émettent moins de rejets et permettent de réduire l’empreinte environnementale des cultures destinées à leur alimentation. Caractériser les facteurs qui influencent cette efficience alimentaire est une question qui fait l’objet de nombreuses recherches à INRAE. Le rôle du microbiote intestinal dans cette efficience suscite un intérêt croissant, mais les études sur la poule pondeuse sont encore rares.

Pour explorer l’hypothèse d’un lien entre composition du microbiote et efficience alimentaire, les chercheurs ont caractérisé le microbiote intestinal de deux lignées expérimentales de poule sélectionnées depuis presque 50 ans pour diverger sur l’efficience alimentaire (une lignée efficiente et une lignée non efficiente). Des animaux de chaque lignée ont été nourris avec deux régimes alimentaires différents. Le premier est particulièrement riche en amidon (grâce au blé), alors que le second est plus riche en fibres difficiles à digérer comme la cellulose (grâce au tournesol, au colza, ou encore à l’avoine) et a un apport énergétique moindre.

Le microbiote est modulé à la fois par le régime alimentaire et la lignée.

Le séquençage d’un gène présent chez toutes les bactéries, mais sous une forme propre à chaque espèce bactérienne, le gène ARN 16S, a permis, par analyse bioinformatique, d’identifier les différentes familles et espèces bactériennes présentes dans le microbiote des quatre groupes de poules, leurs quantités respectives et d’estimer les fonctions biologiques qu’elles remplissent.

Les scientifiques ont montré que la teneur en fibres influence fortement la composition du microbiote, mais ils ont également montré que cette influence varie selon la lignée de poule. Deux écosystèmes digestifs ont été révélés. Le premier, commun à la lignée efficiente et au régime riche en fibres quelle que soit la lignée (efficiente ou non), est caractérisé par une grande richesse bactérienne. Le microbiote est dans ce cas composé d’une grande variété d’espèces bactériennes, et notamment de bactéries capables de digérer la cellulose. Le second, propre à la lignée non efficiente nourrie avec le régime riche en blé, est caractérisé par une diversité bactérienne plus faible, et par la présence accrue de bactéries capables de fermenter l’amidon.

La composition du microbiote peut influencer l’efficience alimentaire

Au-delà de la caractérisation des espèces bactériennes, les scientifiques se sont intéressés aux activités biologiques des bactéries présentes dans les différents microbiotes. Ils ont pour cela quantifié des molécules produites par le microbiote intestinal et capables d’influencer le métabolisme de l’hôte. Ils ont montré qu’en plus d’avoir une grande richesse bactérienne, le microbiote commun aux animaux efficients et au régime riche en fibres produisait plus de propionate, un acide gras qui traverse la membrane intestinale et rejoint le foie où il est utilisé pour la production de glucose, source principale d’énergie des poules. En valorisant les aliments à faible valeur nutritionnelle par la production d’une source d’énergie supplémentaire, un microbiote riche peut donc contribuer à améliorer l’efficience alimentaire.

La modulation de la composition du microbiote et de ses fonctions biologiques semble donc une voie possible pour améliorer l’efficience alimentaire chez les poules pondeuses. Des travaux complémentaires sont nécessaires pour préciser les interactions entre le microbiote et les différents facteurs impliqués en particulier la composition du régime alimentaire, et mieux comprendre comment moduler les fonctions biologiques portées par le microbiote.

 

(1) Capacité des animaux à utiliser l'aliment ingéré pour en extraire les nutriments et l'énergie utilisables par l'organisme.

Réf. : Bernard M., Lecoeur A., Coville J-L., Bruneau N., Jardet D., Lagarrigue S., Meynadier A., Calenge F., Pascal G., Zerjal T., Relationship between feed efficiency and gut microbiota in laying chickens under contrasting feeding conditions, Scientific Reports, 2024. https://doi.org/10.1038/s41598-024-58374-3

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